Là où tout commence… Dans le néant !

Je cherchais une bonne façon de démarrer ce blog. Quel en serait le premier post ?

Dans un esprit cartésiens, j’envisageais de lister les différentes étapes d’une sorte de méthode pour partir d’un besoin et aboutir à un site fini – en fait plutôt un ensemble de règles pragmatiques que je fini par appliquer assez systématiquement. Cette idée se révélait rapidement assez foireuse… Le but du format « blog » est, pour moi, de pouvoir distiller mes idées au fil de l’eau. Si elles étaient déjà bien structurées et ordonnées j’écrirais directement un bouquin…

Ainsi, laissons tomber le côté « Grand Un, petit A : le B-A-BA de la prise de brief » et tentons une approche plus concrète. Par contre, j’aime bien quand même la tournure « contre exemple » que prennent les choses… La bonne façon de faire apparaît souvent quand on réalise qu’on s’embourbe dans la mauvaise.

C’est donc par la que je vais commencer, par la hantise du Webdesigner qui fini (ou plutôt commence) par se voir, à tort, comme un artiste : le vide ! J’entend par là le moment où il va se lancer dans l’arène et devoir prendre en main un  projet de design de site Web.

Pour ne pas parler dans le vide justement, je vais profiter d’un article sur lequel je suis tombé aujourd’hui grâce au blog SimpleEntrepreneurWeb Design is a Journey

Un bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire…
… quand on est pas sûr de ce qu’on fait !

Dans cet article, l’auteur explique qu’il était en charge du redesign du site institutionnel de Carsonified, une agence Web américaine que je ne connaissais pas jusque là, et nous présente ça démarche tel un long cheminement bien torturé… Ce qui a justement retenu mon attention pour écrire le premier article de ce blog.

Pour en revenir au projet en question, il s’agissait donc de refondre le site présentant la démarche et les activités de la société. Le fait qu’il s’agisse du site d’une  agence Web biaise tout de suite la démarche. Car tel un cordonnier qui voudrait porter des chaussures exemplaires, Mike Kus, l’auteur de cet article et du projet en question, nous raconte comment, finalement, ça démarche a été bien peu efficace. Il fini évidement par un happy-end à l’américaine mais admet lui-même dans sa conclusion que si le résultat est réussi, ça n’est pas vraiment grâce à la longue série de tentatives ratées dans laquelle il s’est lancé.

[…] one thing I’ve learned from this is that time restrictions can definitely be a good thing. To much time can mean too many explorations and that just becomes a road to nowhere.

J’en arrive à mon propos : Mike a mis en pratique ici la caricature même du Webdesigner : il est parti bille en tête dans une démarche créative en partant du principe qu’en faisant suffisamment de versions différentes, il finirait par obtenir quelque chose de satisfaisant.

C’est souvent le premier réflexe des Webdesigner peu expérimentés. C’est aussi une pratique assez courante en agence où on retrouve souvent le réflexe hypocrite qui consiste à présenter quelques versions bien pourries en plus de la version qu’on espère voir le client accepter, histoire de lui prouver qu’on a bossé et lui faire croire qu’on a le choix. Bon, je suis un peu mauvaise langue là, il y a quelques bonnes agences qui ne procèdent pas ainsi… enfin pas tout le temps.

Le problème c’est que cette démarche ne tient plus la route dès lors qu’on s’inscrit dans un projet réellement ancré dans une stratégie de temps et d’argent. J’entends par là que quand vous travaillez sur un projet avec des enjeux importants, vous ne pouvez en fait pas vous permettre de passer du temps à tâtonner : il faut produire vite et bien et donc intelligemment…

L’exemple de Carsonified est assez courant, je suis passé par là à plusieurs reprise : vous êtes dans une boite dont l’activité se retrouve dans une période un peu creuse, les gens sont enthousiastes et la direction se dit que ça serait intéressant de passer un peu de temps pendant l’été à donner un coup de frais au site institutionnel de la boite. Là effectivement c’est du pain bénit pour le Webdesigner plutôt porté sur le graphisme qui voit là l’occasion d’exprimer enfin librement sa créativité. Mais il s’agit donc de l’exception qui confirme la règle ! En temps normal une entreprise ne peut pas se permettre de naviguer à vue sur le design d’un projet Web important…

Le malheur là dedans, c’est que malgré tout j’ai rencontré régulièrement des entreprises (type « clients finaux ») qui considèrent (du moins à priori) que c’est comme ça que ça marche et qu’elles n’ont pas le choix ! On touche du doigt le problème de la méconnaissance totale chez une majorité de décideurs concernés de ce qu’est (ou doit être) réellement le rôle d’un Webdesigner.
Ainsi, j’ai presque systématiquement retrouvé le même schéma lors de mon intégration dans une entreprise : au début on me demande d’intervenir en toute fin de projet pour ajouter simplement une « couche » sur un projet où les notions de design et d’ergonomie n’ont pas été structurantes et, presque à chaque fois, on a très vite reconsidéré les projets en me demandent d’intervenir plus en amont. Au final, la phase de Design Produit était clairement identifiée comme apportant une réelle valeur ajoutée et devenait une phase structurante du projet associée bien souvent à la conception et à la réalisation du cahier des charges (quand on en faisait…).

Le Webdesigner n’est pas un artiste, c’est avant tout un communiquant

Pour en revenir à la démarche du Webdesigner de Carsonified, il aurait probablement dû se poser plus de questions avant de démarrer son travail de recherche. Il explique d’ailleurs lui-même qu’il n’avait quasiment pas de brief :

There wasn’t much of a brief but there were a few things the site had to do:

  • The homepage had to communicate what we did.
  • It had to express our company’s personality and beliefs.
  • It had to include the following pages: Home, Events, Mission, Jobs, Contact and Team
  • [Our blog] was going to sit within the Carsonified site (whilst retaining it’s own identity).

A part quelques éléments liés à la structure du site et à sa navigation, Mike avait une « totale liberté » sur le design.

The design of the site was down to me and as usual, Ryan gave me total creative freedom.

C’était déjà un mauvais départ que de considérer que c’est une liberté de ne partir de rien. La vraie liberté, c’est celle d’interpréter les choses. Partir de rien c’est plutôt au contraire une grosse contrainte, car il faut alors faire tout le travail de compréhension des enjeux du projet. Car de toute façon si on tombe à côté au final, soit on est condamné à recommencer encore et encore parce que le client ou la direction n’est pas satisfaite, soit de toute façon le résultat est médiocre.

Quand Mike explique que le site devait exprimer la « personnalité » de l’entreprise, il contourne en fait allègrement une règle d’or en design : toute création sert à communiquer un message à destination d’une cible.

Ça fait un peu dogmatique dit comme ça, mais je n’ai pas encore eu l’occasion de tomber sur un cas où ça ne s’applique pas… Si j’explicite la conséquence que ça aurait dû avoir pour Mike, c’est qu’il aurait dû partir d’un travail précis de définition de ce qu’étaient à la fois le message et la cible dans son cas. Au vu du résultat retenu, on peut imaginer les éléments suivants :

  • Message exprimé par Carsonified.com : « Nous sommes une agence Web moderne et dynamique avec une démarche créative à la fois originale, décalée tout en conservant une certaine sobriété »
  • Cible de Carsonified.com : Des décideurs responsables de projets Web étant eux-mêmes sensibles aux valeurs de l’agence. Donc probablement plutôt jeunes, mais n’ayant pas trop de culture extravagante (« on est loin des minorités underground, mais on fait quand même du Web 2.0 plutôt cool… »)

Bon, je me trompe peut-être dans l’analyse rapide, mais là n’est pas le propos. L’idée est de démontrer qu’il faut partir du message et de la cible pour définir l’orientation d’une créa. Car si on ne le fait pas la communication n’est pas maîtrisée. On risque alors d’intéresser les mauvaises personnes (voir personne) et de véhiculer les mauvaises valeurs (ou au pire n’avoir aucun impact, c’est à dire avoir travaillé pour rien).

Au vu des versions extrêmement différentes qu’a produit l’auteur de l’article qui nous intéresse ici et de la façon dont il commente son « Voyage du Webdesign », il n’avait clairement pas assez défini ces éléments nécessaires (mais d’ailleurs rarement suffisants) pour structurer et orienter son travail. Il en convient d’ailleurs lui-même dans la conclusion citée plus haut.

Rien ne sert de courir…

Ma conclusion ici est d’expliquer que le travail de Webdesign est forcément d’abord un travail de réflexion et d’analyse. Plus on a conscience de cela et plus on a de chance d’être efficace et d’aboutir à un résultat satisfaisant. Malheureusement j’ai rencontré souvent des Webdesigners qui n’appliquaient pas cette démarche parce qu’ils n’avaient pas assez d’estime d’eux-mêmes ou parce qu’ils étaient sous-estimés par les responsables de projets qui les faisaient intervenir.

C’était donc une bonne occasion pour moi de prendre cet article en exemple pour introduire un peu plus la démarche de ce blog qui va être d’essayer de donner des clés aux Webdesigners pour leur faire appréhender leur métier un peu plus comme une science où l’on maîtrise les effets de ce que l’on produit et un peu moins comme des artistes (et encore) victimes de leur manque d’inspiration.

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